De l’enfance à la lumière, Karin JEANNE dévoile son double jeu.

De l’Ile d’Yeu à Paris, Karin JEANNE peint et expose des toiles aux sonorités sucrées de l’enfance.
Fantaisies, pirouettes, jeux et galipettes. Ses tableaux remportent un vif succès auprès d’un large public. Aujourd’hui, l’artiste peintre a mûri et sort du jeu pour afficher son « je ».

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Ce qui nous séduit chez Karin JEANNE, lorsque nous découvrons son atelier, situé à paris dans le 18ème arrondissement, à l’intérieur d’un ancien lavoir, c’est son sourire franc et généreux, ainsi que sa bonne humeur. Le tout surligné par un regard qui pétille de malice… Sa voix aussi, pointue et cristalline, traduit le monde de l’enfance, frémissant et ingénue…. A l’entendre, on imagine que l’artiste peintre a longtemps fréquenté la fantaisie des lutins et des fées. Facétieux, ils s’ébattaient probablement entre les dunes et sur les landes de son Ile natale. Ces elfes malins lui auraient-ils enseigné l’art et la magie de leurs jeux ? Fille de la mer et du vent, Karin sait en effet saisir ses chances, bondir et rebondir, comme un jouet de bois monté sur ressorts qu’elle aurait pu inventer par le passé. Aujourd’hui, elle peint. Et la vie lui sourit à pleines dents.
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Karin Jeanne à île d’Yeu

Née à l’Ile d’Yeu en 1968, l’actuelle parisienne a grandi au rythme des marées. Elle se souvient d’une enfance joyeuse. Quand elle ne parcourait pas l’Ile à vélo, elle dessinait ou bricolait, fabriquait vêtements et cabanes à d’heureuses poupées. Dotée d’un sens créatif très développé, la petite fille a aussi le souci de l’esthétisme et de l’harmonie. «Au CP, je ne supportais pas les ratures que je pouvais faire sur mes cahiers pendant les dictées. Automatiquement, je les transformais en jardinières de fleurs, c’était plus joli ! J’étais déjà dans l’illustration». Forte de sa vocation, la jeune fille quitte son Ile à 16 ans et part étudier « sur le continent». Après un bac littéraire et arts plastiques, elle s’exile pendant deux ans à l’école des Beaux Arts de Grenoble. Mais c’est dans sa région qu’elle présente son diplôme puisqu’elle passe sa troisième année à Nantes, et enchaîne, dans la même ville, sur une école de graphisme publicitaire. Trois ans plus tard, Paris l’appelle. Elle y occupera durant 10 ans un poste de directrice artistique dans une agence de design spécialisée dans le packaging.

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Pourtant «La pub, ce n’était pas mon truc», avoue-t-elle aujourd’hui. Cette décennie a pourtant laissé trace dans sa peinture. Des reproductions de bribes d’anciennes réclames, quelques bouts d’emballages d’autrefois, certains apposés par collages, donnent un petit air nostalgique à ses toiles colorées et joyeuses. «J’ai récupéré les vieux cahiers de la grand-mère de mon conjoint – ils datent de 1912 – et je les intègre dans mes toiles. Avec de vieilles illustrations, d’anciennes typographies… Tout cela me permet de créer un décor imaginaire dans lequel les gens rentrent facilement », pense la jeune artiste peintre, qui connaît un fort succès depuis ses débuts dans cet art.

Puzzles, jouets et poupées
«Mironton-mirontaine», «Qui a peur du Grand Méchant Loup?», «Quand les lutins s’en mêlent»… Les tableaux évoquent bien les souvenirs d’enfance. Il faut dire que c’est l’univers de Karin. En 1998, elle quitte le monde de la pub et du design. Direction : la cave de sa maison de Colombes, en banlieue parisienne. Elle y invente, conçoit, fabrique et vend, via plusieurs éditeurs, des jouets, des puzzles, des lampes, des miroirs, des poupées… Elle publie aussi des articles de loisirs créatifs dans divers magazines. «J’avais une foule d’idées, je créais beaucoup». Bienheureux ses enfants, Mathurin et Aglaé, qui jouent avec les créations de leur mère. Un éditeur a d’ailleurs la bonne idée de venir visiter les lieux. Conquis par tant de poésie, il souhaite immédiatement commercialiser les chambres d’enfants qu’il a sous les yeux. Conséquence : un premier prix au salon Maison et Objets, obtenu en 2004, dans la catégorie « univers de l’enfant ».
Mais Karin ne s’arrête pas là. A partir de l’année 2001, elle multiplie les activités et se lance sur un petit marché prisé de l’Ile d’Yeu. «Jusqu’à présent, j’ai passé tous les étés à l’Ile d’Yeu, à travailler».

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“île bleue” Exhibition 2012: île d’Yeu
Veille d’exposition, un mur vide
En 2006, un autre éditeur lui commande 30 modèles de cadres sur un support en bois et peinture aimantée qu’il souhaite fabriquer en série à moindre coût, en Asie. Karin veut aussi les montrer au public et réserve un mur de 8 mètres sur 3, pour une exposition collective à Colombes. Mais les cadres tardent à rentrer de voyage. «Un mois avant l’expo, toujours rien ! J’ai eu peur du vide. Pour le combler, je suis allée acheter des toiles, de la peinture acrylique et des pigments et je me suis lancée dans la peinture, sans trop savoir».

L’art de saisir sa chance, bondir et rebondir… L’exposition fut un succès : plus de la moitié des toiles ont été vendues. La même année, le service culturel de l’Ile d’Yeu lui propose une salle d’exposition. Et les 35 toiles accrochées à la fin de l’été, vendues nettement plus cher trouvent toutes acquéreur. A nouveau, Karin joue et gagne.

En septembre 2007, elle s’installe à Antony, autre banlieue parisienne. Très vite, la maison ne peut plus contenir les toiles de l’artiste prolixe. Un voisin, «Papi Michel, un petit veuf de 86 ans», lui propose un espace chez lui. C’est là qu’elle prépare l’exposition suivante, «Vent malin», montrée en juillet 2008 par la galerie Insula, encore à l’Ile d’Yeu. Le talent de la peintre est désormais confirmé. L’exposition est un nouveau succès. Dans la foulée, Karin et son conjoint font l’acquisition d’un local à proximité de la butte Montmartre.
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“La Cambuse” Exhibition 2011: île d’Yeu

Les vents marins soufflent sur l’atelier parisien
C’est dans ce nouvel espace de travail que Karin reçoit aujourd’hui. Hospitalière, elle propose de commencer par un thé à la mode marocaine, « avec la menthe du jardin ». Sur les immenses toiles accrochées, ou celles qui reposent ci et là, adossées aux murs, le vent est omniprésent. Gentil petit zef marin, tempête plus forte, brise rafraîchissante… Le souffle emporte dans un tourbillon de joie les enfants qui plaisantent et s’interrogent sur les tableaux, dans un jeu incessant. «La couleur bleu gris tourterelle, omniprésente dans mes tableaux, est la marque de l’Ile d’Yeu», reconnaît l’artiste. Il y a bien une «pâte Karin JEANNE».

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Car parmi les oeuvres qui s’offrent au regard aujourd’hui, si certaines ont perdu leur note enfantine, elles conservent l’idée d’une brise marine porteuse d’espoir. D’ailleurs une nouvelle série intitulée «l’adolescence» montre comment Karin a gagné en maturité et en sérénité. Vous pouvez découvrir ces toiles à son atelier.

Géraldine Magnan Juin 2009